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Le journal de ma vie ou la quête du...quoi ?
Si évident, et pourtant tant refoulé
C'est une discussion avec les filles qui a fait surgir des mots évidents que je n'osais pourtant pas m'avouer.
Annabelle : "tu lui en veux beaucoup à ta mère. Il faudrait que tu arrives à accepter".
Moi : accepter quoi ? De lui en vouloir, ou sa maladie ?
Elle : accepter, par exemple, de ne pas l'aimer...
On ne doit rien à ses parents biologiques, là où on a une dette c'est quand on a été aimé, élevé, éduqué etc.

C'est vrai, je ne dois rien à ma mère, procréer ça n'a pas de mérite, c'est assumer ses responsabilités qui est bien. Mais ma mère est malade, certes elle m'a fait plein de saloperies. Dans le fond, elle ne pense sûrement pas à mal, elle ne raisonne pas comme moi et je ne peux pas me mettre à sa place.
Mais je ne peux nier que ses mots, ses actes ont un impact sur moi, quelles que soient ses intentions. Il faut que ça puisse glisser sur moi, que ça ne m'atteigne pas.
Pourtant elle trouve toujours le point sensible.
Me mettre en colère contre elle me fait du bien, mais en meme temps je me dis que c'est injuste et je culpabilise. Elle incarne une maladie, mais je ne peux pas parler à la maladie, je ne peux m'adresser qu'au corps qu'elle habite et qui n'en est pas responsable.
Cela dit je suis tout autant victime de ces mots.

Alors que faire, comment trouver ma place, le juste milieu dans cette relation mère fille... Qui est la mère, qui est la fille ?

Dois je accepter, comme le dit Amal, d'être redevable à ma mère toute ma vie parce que c'est ma mère, et de m'occuper d'elle sans me poser de question... en gros de me SACRIFIER ?

Pour moi, la réponse est clairement non, je ne veux pas me sacrifier, je veux vivre ma vie et être heureuse. Je ne peux RIEN faire pour elle, même si je me "sacrifie" ça ne servira à rien, elle n'ira pas mieux et ne sera pas moins malade ! Certes, comme dit Amal, ma mère me donne une chose : de l'amour.
Mais comme je lui ai répondu, elle ne M'aime pas, elle aime sa fille, or elle ne sait pas qui est sa fille. Elle ne connaît pas mes pensées intimes, mes rêves, ce qui fait que je suis moi : mes doutes, mes espoirs, mes amours et mes interrogations. Elle n'a pas su répondre à ces dernières, dans le domaine de la famille : qui est mon père, à quoi ressemble t il, où se trouve t il ?
Je mets une barrière entre elle et moi.

Je ne veux pas être "le sauveur". Si cette relation continue d'exister, je veux qu'il y ait un partage, un échange, et surtout pas destructeur. Si elle me donne quelque chose, un sourire, un rire, c'est déjà beaucoup. L'amour aussi mais que signifie t il... Est ce que j'en veux vraiment ...
Le problème c'est que je ne sais jamais quand ça arrivera, la prochaine parole blessante, la prochaine anecdote qui me fait sentir impuissante par rapport à sa vie, sa misère sociale.

Eternelles questions, je tourne en rond.

Peut être que la prochaine étape pourrait être d'exprimer ma colère contre elle, toute cette colère qui me ronge. Je croyais que c'était de la culpabilité de ne pas m'occuper d'elle. C'est peut être la culpabilité de lui en vouloir. De la détester ?
Cette haine, cette énergie destructrice que je retourne contre moi même, que je tente d'enfouir sous des tonnes de nourriture... Alors oui, les crises de boulimie frappent fort et ne disparaissent pas en un clin d'oeil. Et oui, ce sera sûrement une succession de déclics plus qu'un miracle. Et aussi un long, long travail sur moi même... Un long chemin parsemé d'embûches mais aussi d'embellies.

Cette colère, comment l'exprimer, et contre qui ? L'engueuler au téléphone ? Pourquoi pas, la prochaine fois qu'il y aura une raison, si ça me fait du bien... Mais en attendant, pour toutes ces choses : avoir déchiré les photos de mon père, m'avoir mis au monde "égoîstement" (mais y a t il des raisons vraiment altruistes de faire un enfant ?), dans des conditions où je ne connaîtrais pas mon père et où elle même ne pourrait pas m'élever, même si elle n'y a sûrement pas pensé. J'étais sa poupée, sa thérapie ? Pourtant elle m'aime...

Pourquoi suis je condamnée à devoir lui donner des nouvelles si je ne veux pas être rongée par ma mauvaise conscience, ne peut elle pas se réjouir pour moi simplement en me sachant heureuse ?

Le choix m'appartient. Ni à mes grands parents, ni à ma tante, ni à ma psy, ni à ma mère.

Pourquoi ne pas tenter de lui dire ma colère, calmement. Pour lui pardonner... et me pardonner de lui en vouloir.
Ecrit par Calyire, le Vendredi 16 Octobre 2009, 00:12 dans la rubrique "Réflexions".


Commentaires :

  Ivan
16-10-09
à 02:05

Un mot me vient à l'esprit: DIFFICULTE
Je trouve ça compliqué & dur, et j'arrive pas à avoir un avis tranché comme certains de tes amis.

Peut-être pour "survivre" à tout ça, pouvoir exprimer, faire sortir sa colère et sa douleur est indispensable, sinon ça peut faire des noeuds encore plus gros avec les nerfs le corps et le coeur...

Pour le reste: Difficulté.

  annabelle
19-10-09
à 17:43

Pour moi, le mot qui me revient souvent en tete lorsque je lis ton article est " culpabilité"

C'est une culpabilité qui génére beaucoup de souffrance et qui a besoin d'etre exprimée et expulsée.

Je reviens sur la discussion que nous avons eue - " Peut-on se sentir coupable de ne pas aimer ses parents?" Comme si ça allait de soi. Tes parents te mettent au monde, donc, tu dois les aimer. C'est une évidence. Mais comment aimer quand la personne t'aime MAL? comment aimer une personne qui ne t'aime pas? Car la question est aussi réciproque. " Peut-on se sentir coupable de ne pas aimer ses enfants?"