D'accord pour le dosage qui est difficile à trouver. C'est une question d'expérience, et de sagesse.
J'hésite à avancer mon départ pour Paris. Je n'aime pas faire les choses pour en éviter d'autres (la mauvaise ambiance qui règne à l'appartement). En même temps, tant que je reste ici, je suis coincée : je ne peux pas chercher d'appart, ou plus difficilement, de même pour les inscriptions pour l'année prochaine.
Mais il y a des personnes qui vont me manquer. Et je risque de regretter de partir vite, ne pas profiter. A la rigueur si j'ai de l'argent, je pars un petit bout de temps à Paris et je reviens. J'ai deux obligations fin mai et début juin, donc je devrais revenir de toute façon. On verra...
Je suis heureuse de la tournure que prennent les évènements. Car la roue tourne. Et j'avance. Beaucoup.
Je progresse, j'en apprends beaucoup sur moi, un peu aussi sur les autres.
Je me désillusionne. Je commence à penser que le meilleur remède à la passion, c'est encore la réalité. Le temps tue tout... Mais il en faut, du temps, pour voir la vérité en face. Et surtout, pour l'accepter.
Accepter que je tombe facilement amoureuse, accepter que ce n'est pas le cas de tout le monde. Admettre qu'on s'attache moins à moi que je m'attache aux autres, sans pour autant me remettre en cause.
Me rendre compte que j'ai encore des problèmes d'affirmation de moi, et travailler à m'affirmer sans agresser. Savoir dire non, ne pas être trop gentille de peur de blesser. C'est dur. Pourtant je n'ai pas le choix, quand, dans la rue, j'attire les regards et les commentaires : je dois remettre les rustres à leurs places. Mais plus généralement, ma gentillesse n'est pas qu'une qualité. Elle est souvent handicapante, dans la mesure où beaucoup trouvent ça normal, parfois en abusent, ce qui fait que je m'en veux beaucoup, après coup.
Je me trouve stupide et fade. Déjà que je n'aime pas mon côté émotif, alors ça je le perçois très mal aussi.
Je n'aime pas ma sensibilité extrême, en revanche, j'aime beaucoup mon "excessivité" comme le dit si bien ma coloc. Ca fait partie de moi, ça ne durera pas toute la vie, alors j'en profite ! Je vis les choses à fond, c'est comme si mes sens étaient décuplés. Que ce soit en bien ou en mal : j'aime, je m'enflamme, que ce soit pour un homme ou une chanson, je souffre, je pleure, je bois, je sors, je ris, j'aime...
Je commence à comprendre que j'aime la vie que je mène, mais j'aimerais aussi en avoir une plus "classique". Disons que j'envie les autres jeunes, qui ont l'air de s'amuser plus que moi.
Moi, j'ai une activité très spéciale et secrète, des passions méconnues, un langage direct. Ma spontannéité plaît autant qu'elle énerve. Parfois même on croit que je fais exprès de rire fort !
Je vis la nuit, je fais la fête mais ne prévoit pas mes sorties, j'appelle les gens que j'apprécie et qui ne m'appellent pas, et les gens que je n'apprécie pas m'appellent (toujours le même problème). Je sors, seule ou non. Je m'amuse, je déprime. Je bois un peu, fume beaucoup, me teint les cheveux souvent, travaille parfois. Gagne plus ou moins, et dépense plutôt plus que moins. Tente de gérer tant bien que mal mon chat insupportable, l'appartement que je partage, mon avenir.
Les autres s'amusent aussi. Mais de l'extérieur, ils ont l'air plus libres, plus "sains". Beaucoup mangent équilibré, font beaucoup de sport et aiment ça (c'est dommage, moi je n'ai pas la motivation ni de compagnon de sueur). Ils font des soirées chez eux, boivent aussi et fument du shit, parlent peu, écoutent de la musique fort. Sortent en journée. Font des barbecues, vont à des lacs.
Choses que j'aimerais bien faire... Mais je n'ai pas d'amis véritables ici, ni même de petit ami, et le fait de ne pas avoir de voiture m'enlève une bonne part d'autonomie. Pourtant moi aussi j'aimerais aller à la montagne sur un coup de tête, me baigner quand il fait chaud, communier avec la nature... Et ce n'est pas la solitude qui m'en empêcherait ! Remarquez, je pourrais toujours aller à la Bastille, il faudra que je fasse ça avant de partir, même si je la connais par coeur...
Voilà, plénitude et frustration, gaité et tristesse, enthousiasme et déprime cohabitent fièrement dans le réceptacle qu'est mon coeur. Et prennent beaucoup de place.
Trop ?
Mais vit-on encore, sans émotions ?
à 19:32